Utiliser les bons mots : comprendre la Gig Economy

L’expression Gig Economy est utilisée à tort et à travers pour décrire le marché du travail où évoluent les freelances. Que recouvre cette appellation au juste ? Et qu’en est-il de la Talent Economy

À nouveaux modes de travail et d’organisation de tâches, nouvelle terminologie. Ou notions déjà connues qui, en raison de l’évolution du contexte, sont interprétées de diverses manières. Abordons aujourd’hui la Gig Economy.

NextConomy partage non seulement des connaissances et des idées sur l’évolution du monde du travail, mais estime aussi devoir, à certains moments, appeler un chat un chat. Revenons à nos moutons. Donc la Gig Economy. Expression utilisée à tort et à travers pour désigner le segment du marché du travail où évoluent les freelances.

Loin des carrières habituelles

La semaine dernière, je lisais dans le bulletin d’information de Godsheide, le quartier de Hasselt où j’habite, que Rik, un instituteur, prenait sa retraite après 42 ans passés dans la même école primaire. Bâtir une carrière complète auprès du même employeur est impensable, à l’heure actuelle, pour la plupart des actifs et futurs actifs. Les notions qui font le buzz sont, désormais, agile, projet, freelance, gig work et écosystème. Tous ces atouts qu’offre le monde du travail moderne peuvent être résumés par le mot flexible.

Le terme « gig » dans Gig Economy

« Gig » définit, en anglais, une prestation professionnelle unique d’un ou plusieurs artistes, en particulier des musiciens de jazz ou de rockHis band has a gig at a club in New Jersey (Son groupe va jouer dans un club du New Jersey).  Le terme est issu de l’industrie musicale et fait référence à une collaboration flexible et à court terme entre une personne et le client.

On trouve aussi la définition « any job » (n’importe quel emploi), ou un boulot de courte durée ou aléatoire – Years ago he had a teaching gig out west somewhere (Il y a des années, il a eu un poste d’enseignant quelque part dans l’ouest du pays). On utilise cette expression dans d’autres secteurs pour décrire des partenariats de courte durée et flexibles. Les exemples les plus connus sont Uber, Deliveroo, Fivrr… où l’offre et la demande de travail se conjuguent avec rapidité, simplicité et flexibilité. La priorité n’est pas du tout accordée à la personne qui effectue le travail, mais bien aux conditions préliminaires, à la brièveté et au résultat final. L’offre et la demande se rejoignent via une plateforme en ligne. Le facteur humain n’est pas vraiment de mise.

Beaucoup d’encre coule au sujet de cette économie qui fait partie du monde des freelances. S’agit-il vraiment de freelances ? Ont-ils la liberté de décider où, quand et dans quelles conditions travailler ? Dans certains pays, on a déjà jugé qu’il s’agissait d’une forme de faux travail indépendant et que les travailleurs Uber, par exemple, étaient en réalité des salariés.

Ce pan de la Gig Economy présente néanmoins des avantages pour les personnes à la recherche d’un revenu supplémentaire, d’un accès au marché du travail, d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée ou d’un véritable emploi provisoire. Le travail est en effet accessible sans grosse difficulté et ne nécessite généralement pas de grandes connaissances au préalable. Tout travailleur peut aussi être remplacé par un autre sans délai, le service fourni étant une marchandise.

Et à l’autre bout du spectre, la Talent Economy.

Les organisations ayant survécu au coronavirus devront être extrêmement agiles, plus encore qu’avant la pandémie. L’économie peut subitement vaciller. Elles le savent et les dépenses de personnel doivent alors être révisées rapidement pour s’adapter à cette nouvelle réalité. Les innovations technologiques donnent en outre un caractère très temporaire aux connaissances. Il est donc nécessaire de faire appel à des compétences absentes de l’organisation elle-même. C’est là que la Talent Economy entre en jeu.

La Talent Economy fonctionne comme la Gig Economy. Par contre, c’est l’individu, avec son expertise et ses compétences, qui est au centre des préoccupations. Une personne qui travaille dans ce segment de marché freelance a le plein contrôle de son travail. Elle choisit quand et où elle va travailler. C’est son savoir qui est mis en avant. Il s’agit en général de personnes extrêmement qualifiées qui choisissent en toute connaissance de cause la flexibilité qu’offre cette forme de collaboration.

Alors où est la différence ? Le plus souvent pendant la durée des gigs (boulots à la tache). Dans la Talent Economy, il existe des missions de courte durée, mais la majorité d’entre elles sont des projets à long terme, parfois même de plusieurs années. La chose est loin d’être aisée : les organisations recherchent des profils très spécifiques et procèdent à une sélection minutieuse avant de confier un poste à quelqu’un. Les connaissances préalables sont par ailleurs indispensables : c’est précisément ces connaissances qui sont à l’origine de la collaboration. Il y a, enfin, beaucoup plus d’argent en jeu que dans la Gig Economy. Nous avons affaire à des experts freelance qui apportent une grande valeur ajoutée aux organisations en matière de savoir, d’expérience et de flexibilité. Ils seront, donc, mieux payés qu’un chauffeur Uber ou un coursier à vélo.

Dans le cas de la Talent Economy, les plateformes ne représentent rien d’autre que des espaces en ligne où les spécialistes peuvent montrer leurs compétences et où ils peuvent fixer leur propre rémunération, ce qui favorise aussi leur progression dans le temps.

Résumé

Il existe deux univers dans le travail indépendant : celui de la Gig Economy, où les plateformes sont l’élément déterminant et où les travailleurs sont une ressource. Et celui de la Talent Economy, où tout tourne autour de personnes actives et de la somme de leurs savoirs, leur expérience et leurs compétences et où parfois une plateforme jouant le rôle d’intermédiaire devient un moyen.

Convenons-nous que désormais nous allons valoriser le potentiel de la grande majorité des freelances et parler de la Talent Economy ?

Source : The End of Traditional Employment—The Other Gig Economy

Marleen Deleu – Director Trends & Insights NextConomy – on a mission to bring insights and expertise to the freelance workforce and users of contingent labor in Belgium

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