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Reshaping Work : le rendez-vous de tous les protagonistes

La parole est à Jovana Karanovic ! De qui s’agit-il ? Maître de conférences à l’université Erasmus, la Rotterdam School of Management sur le thème des plateformes de travail et de l’économie de plateforme (Uber, Upwork, Deliveroo, Fiverr et autres Taskrabbits). En sa qualité d’universitaire et de directrice de la Stichting Reshaping Work, elle nous fait le plaisir de s’entretenir avec nous à propos des différentes formes que revêt le travail de plateforme et de leur avenir respectif.

Coopératives

Jovana mène actuellement des recherches universitaires sur les coopératives de plateforme : « les coopératives conjuguent les capacités technologiques de l’économie de plateforme avec un type d’entreprise où les travailleurs et les utilisateurs sont propriétaires de la plateforme. Elles allient les principes fondamentaux de la coopération aux avantages des plateformes technologiques. La création de valeur leur revient également. Les coopératives classiques sont plus résilientes que les entreprises et, par exemple, elles peuvent aussi faire face aux crises. Elles pâtissent juste de leur lenteur décisionnelle. Mais les plateformes technologiques permettent de numériser cette phase de prise de décision, ce qui lui fait gagner en rapidité et en efficacité. »

Partago, la coopérative citoyenne gantoise de covoiturage en voiture électrique, est selon elle un bon exemple : « Le principe est simple : dès le moment où suffisamment de personnes situées dans un certain quartier se montrent intéressées par le covoiturage, Partago y met à disposition une voiture électrique. Des histoires circulent à propos de personnes qui distribuent des dépliants dans leur voisinage pour trouver suffisamment de participants. Pensez-vous qu’un chauffeur Uber se donne autant de mal pour vendre Uber ? Non, parce que tout l’argent va à Uber ! »

Conférence

En 2017, Jovana a organisé sa première conférence consacrée à l’avenir et aux défis du travail sur les plateformes. Elle l’a fait en collaboration non seulement avec des universitaires, des entreprises, des plateformes, des politiciens, mais aussi avec des travailleurs de plateformes réels. « Nous sommes les pionniers et jusqu’à présent les seuls à avoir abordé cette question au travers d’une approche multipartite. » La recette a fait mouche, elle a suscité l’intérêt et la Stichting “Reshaping work” est devenue une réalité. Jovana organise depuis lors une conférence politique annuelle. Elle reconnaît que la participation de travailleurs de plateforme aux groupes de discussion reste toujours difficile, tout comme leur implication.   Elle évoque non sans fierté le rapport 2021 sur la mise en place de conditions de travail correctes et loyales dans des modes de travail.

Aujourd’hui, Jovana se trouve dans la dernière ligne droite de la conférence “Reshaping Work 2022 conference“ des 13 et 14 octobre à Amsterdam. Elle tient à évoquer la thématique suivante : « Les technologies émergentes telles que l’intelligence artificielle (IA) et les plateformes numériques remodèlent la façon dont les individus et les organisations opèrent. Bien que les systèmes et plateformes d’IA semblent vouloir façonner l’avenir du travail à un degré significatif, leur impact réel dans une perspective professionnelle, sociale, organisationnelle et/ou politique reste encore vague. Quelles répercussions l’économie de plateforme et l’AI@Work auront-ils effectivement sur l’avenir du travail ? Nous jouerons en la matière un peu le rôle de médiateur dans la recherche de solutions utiles à tous ! »

Dialogues multipartites

La fondation Reshaping Work, dont le siège est à Amsterdam, joue un rôle de pionnier dans l’approche multipartite lorsqu’il s’agit de discuter des dernières tendances concernant les innovations numériques et l’avenir du travail : « Le Reshaping Work Dialogue crée un espace de réflexion et de discussion collectif pour les entreprises, les syndicats, les scale ups, les startups, les instituts de recherche, les syndicats, les groupes d’intérêt et les experts indépendants. »

Un monde du travail à l’épreuve du futur et meilleur ne dépend pas d’une seule et même entité. Non, l’obligation est conjointe. « Tous les protagonistes méritent une place dans le débat pour aborder ensemble les modes de travail atypiques. Nous y facilitons les discussions entre entreprises, startups, syndicats, groupes d’intérêt, etc. Initiative novatrice à plus d’un égard, elle se révèle très utile, car elle propose aux nombreux intervenants un espace fiable où ils peuvent échanger leurs points de vue en toute connaissance de cause. Nos discussions peuvent aussi inspirer le monde politique européen. »

« Nous venons donc de lancer une nouvelle campagne de dialogues multipartites , cette fois avec 30 organisations partenaires telles que Malt, Collective Benefits, le groupe Adecco, Zurich Insurance, Acture Group, Zenjob, Uber, Smart Coop, UNIA Europe, Cera Coop, ETUI, WEC, CESI, WageIndicator Foundation… »Trois questions clés parsèment les échanges de cette année :

  • les répercussions de la proposition de directive européenne sur la sécurité sociale et les conditions de travail correctes pour les travailleurs de plateformes ;
  • l’obligation de rendre compte, les principes éthiques et la réglementation des systèmes et algorithmes d’IA sur le marché du travail ;
  • formation, employabilité et participation des jeunes au marché du travail et bien-être au travail pour les générations à venir. »

Plateformes pour les travailleurs du savoir

La priorité de Jovana porte en effet sur le “gigwork” ou travail de plateforme réservé aux personnes non qualifiées. « En ce qui concerne les plateformes dédiées aux freelances plus qualifiés, la question est beaucoup plus complexe. Pensons à Upwork, Fiverr, Toptal, etc..” Ces plateformes, d’ailleurs, refusent d’être assimilées à l « économie de plateforme ». « Leur terrain de jeu reste international. Des personnes originaires d’Asie ou de pays en développement proposent aussi des services à des clients en Europe. Quelle législation et quel système fiscal sont applicables ici ? »

Jovana se sent aussi très préoccupée par ces travailleurs du savoir ou ces travailleurs de plateforme plus qualifiés. « Contrairement aux employés fixes, ils ne reçoivent ni formation ni enseignement complémentaire provenant de leur plateforme. Ils ne bénéficient pas non plus de perspectives de carrière. En revanche, seuls 10 % d’entre eux gagnent assez pour pouvoir subvenir à leurs besoins. » Selon Jovana, ces plateformes disposent d’un pouvoir et de données énormes. Elles établissent les évaluations des collaborateurs, décident de leur entrée et de leur sortie. Mais comment un jeune débutant peut-il se forger une réputation ? Peut-elle être transmise ? Ne devraient-elles pas accorder un budget d’apprentissage ? Pour Jovana, ces plateformes doivent en être responsables. « Peut-être que la pénurie de talents les amènera à comprendre qu’elles acquièrent un avantage concurrentiel si elles s’occupent mieux de leurs travailleurs et leur offrent don des formations, etc. »

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Philip Verhaeghe is een onafhankelijk governance adviseur en een freelance redacteur over ondernemerschap en bestuur voor vakbladen, bedrijven en organisaties. Onderzoekt zowel de nieuwste trends als de klassieke uitdagingen die het verschil kunnen maken in de bestuurskamer of het directiecomité. Is als freelance redacteur ook actief voor onder meer Bestuurder”, “Guberna” en “Etion”. Werkte als algemeen secretaris voor VKW, het Instituut voor Bestuurders, Corgo en RNCI. Voir tous les articles de Philip Verhaeghe

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