Les entreprises Tech entrent dans la danse des agences de recrutement

‘Agents of opportunity’… une expression un peu floue de Jan Denys, spécialiste du marché de l’emploi chez Randstad Belgium, entendu à la conférence WEC 2021 à Madrid. Le résultat ? Réactions parmi les participants et discussion animée sur les réseaux sociaux. Compte rendu ci-après.

Jan Denys : « l’univers des agences de recrutement est en pleine mutation »

Première observation objective : rien de neuf sous le soleil ! Un nombre croissant d’agences de recrutement se rendent compte que leurs clients sont en mode ‘cut the middle man’ (sans intermédiaire). Déjà en 1994, selon Jan Denys, Don Tapscott prédisait dans son livre The Digital Economy livre qu’un ou plusieurs maillons des ‘supply chains’ allaient disparaître. Ce fut une réalité. Pensez à l’essor de LinkedIn depuis 2003.

Force est de constater que les canaux sont aujourd’hui plus nombreux que jamais, tout simplement parce que les anciens circuits classiques de recrutement des talents sont toujours là.

Quels sont les canaux utilisés par les candidats ?

Pourquoi cette question ? Connaître leur importance dans la recherche d’un emploi. L’étude mondiale de Randstad concernant l’Employer Brand montre qu’en 2019, les jobboards occupaient une place prépondérante, soit 38 %. En deuxième position, le réseau privé (31 %) et en troisième position, les agences de recrutement publiques (le VDAB, p. ex.) avec 20 %. Cette année post-Covid19, on observe une évolution : les canaux classiques perdent du terrain : les portails d’emploi représentent encore 32 %, le réseau personnel 28 %. Les grands gagnants sont les réseaux sociaux : Google, LinkedIn… Les candidats utilisent désormais davantage de canaux. Un véritable écosystème composé de diverses agences de recrutement s’est mis en place. Des canaux sont plus connectés que d’autres, interfèrent, même. Pensez par exemple à LinkedIn, Google et Facebook qui forment un sous-écosystème. « Vous en touchez un et tout l’écosystème bouge. »

Les entreprises Tech ont-elles plus d’atouts que les agences de recrutement classiques dans le domaine des ressources humaines ?

« Mon avis ? Sujet tabou ! » Jan Denys ne mâche pas ses mots. « Notre secteur dépend de plus en plus d’autres intervenants, et nous courons le risque qu’ils nous prennent une partie des bénéfices. »

À ce jour, la plupart des agences de recrutement ont connaissance des tendances et des évolutions dans ce domaine, mais elles en font peu. Le « sentiment d’urgence » fait défaut. Mais bon, ce n’est pas “business as usual” !

Selon Jan Denys, cinq facteurs font que les entreprises de la Tech ont une longueur d’avance sur les agences de recrutement et les prestataires de services RH :

  1. il ne faut pas sous-estimer le potentiel des grandes entreprises technologiques ! Elles disposent d’énormes budgets pour faire du lobbying, 100 millions d’euros rien que pour l’UE.
  2. Ces sociétés sont des entités internationales. Ma fédération, elle ne l’est pas. La plupart de nos membres sont des acteurs de proximité, voire de premier plan comme Randstad, Adecco, Manpower. Certaines sociétés ne sont pas présentes dans tous les pays, là où se trouvent précisément les entreprises Tech.
  3. Elles ont pour devise ‘digital first’. Elles ont un avantage considérable dans ce domaine. Songez, par exemple, à toutes les données dont elles disposent par rapport aux agences de recrutement.
  4. Elles entretiennent une relation à vie avec leurs clients. Présentes à tous les moments décisifs de la vie de leur personnel et de leurs activités quotidiennes. Les agences de recrutement sont uniquement présentes à des moments charnières, mais jamais au quotidien et certainement pas pour la vie.
  5. Elles disposent d’un double modèle de revenus pour des services B2B et B2C. Les agences de recrutement classiques n’ont que des revenus B2B.

« Autrement dit, ce sont de nouveaux protagonistes du marché de l’emploi qui pèsent de tout leur poids. Comment y faire face au niveau du secteur, mais aussi du secteur public ? Par exemple, le gouvernement de l’Ontario (Canada) a utilisé dernièrement LinkedIn pour guider les citoyens vers le marché du travail. »

Que faire des nouveaux intervenants présents sur le marché de l’emploi ?

Ces derniers prétendent à jouer un rôle au sein du marché du travail. Nous ne connaissons pas encore ou pas suffisamment leur stratégie, mais devrions au moins réfléchir à l’impact que cela pourrait avoir sur notre secteur. Le marché de l’emploi ne sera jamais plus pareil. Étudier comment collaborer davantage avec d’autres acteurs de l’écosystème ou avec d’autres écosystèmes, pour pallier notre manque de connexion aux personnes dans toutes les étapes de leur vie. Les plateformes, par exemple, font déjà partie de cette nouvelle réalité et deviendront de plus en plus hybrides par l’intégration, la concertation ou la collaboration.

À lire également : La valeur ajoutée des plateformes d’échanges dans le secteur de l’emploi

L’écosystème conditionne la réussite ! Quelles sont les questions urgentes ? Comment allons-nous coopérer avec les autres intervenants du système ? Comment allons-nous faire face à la perte d’autonomie ? Comment allons-nous tout gérer ?

 


À propos de la WEC

La World Employment Conference (WEC) est l’événement annuel du secteur du recrutement et des services en matière d’emploi. Cette conférence réunit des cadres supérieurs des fédérations nationales du personnel et des chefs d’entreprise de sociétés offrant des prestations de services liées à l’emploi.

‘Steering a labor market in transformation’ (Piloter un marché de l’emploi en mutation) était le thème principal de la WEC 2021. Elle s’est à nouveau déroulée en ligne cette année. Un programme varié de 3 jours ponctué de keynote speeches, de tables rondes et d’ateliers en petits groupes.

Les thèmes principaux ? Évolution des aspirations de chaque collaborateur, manière de tirer parti des innovations technologiques et de faire face à l’incertitude permanente.


 

Marleen Deleu – Director Trends & Insights NextConomy – on a mission to bring insights and expertise to the freelance workforce and users of contingent labor in Belgium

Voir tous les articles de Marleen Deleu

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *