"Exploring the future of work & the freelance economy"
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« Il ne faut plus penser jobs, mais compétences »

« Un manque de talent ? Rien n’est moins sûr », nous dit Kevin Wheeler, expert international et fondateur du ‘Future of Talent Institute’, Fremont Californie. « Et c’est même l’inverse. Mais il y a bien un manque dans la façon d’appréhender le travail. »

« On constate un réel mécontentement suite à la cruelle pénurie de personnel que connaît le marché du travail. Mais cela ne vaut que si vous vous obstinez à coincer les gens dans le sacro-saint carcan du travail à temps plein », a affirmé Kevin Wheeler au cours d’une réunion entre experts en ressources humaines, organisée par le prestataire de services StaffingMS.

« Personne n’est capable de tout résoudre », dit-il encore. « Il s’agit plutôt d’identifier le problème à solutionner. Où que j’aille, je vois que les descriptions de fonction sont de plus en plus pointues et détaillées. Mais bientôt, plus personne ne correspondra à toutes ces exigences. »

« Notre tâche principale en tant qu’experts sur le marché du travail, consiste à convaincre le management des entreprises qu’un emploi n’est plus nécessairement pérenne. On parle de vitesse d’exécution, d’agilité et de compétence à l’instant T. Vouloir que les gens se fixent n’est pas la bonne solution. Alors, pourquoi s’obstiner dans ce sens ? », interroge Kevin Wheeler.

Les grandes tendances

Kevin Wheeler a décrit certaines avancées majeures apparues dans le monde, qui ont façonné sa vision du travail. Il cite The Rise of the Creative Class de Richard Florida. Il y est dit que le travail prend de plus en plus une tournure créative, et que le travail répétitif est de plus en plus pris en charge par l’automatisation. L’avènement des Générations Y et Z, avec leur envie de changement, a également retenu son attention. Et puis, il y a bien sûr la gig economy, où ce sont des plateformes qui désormais interconnectent les gens et les jobs.

Ce sont là des évolutions qui ne cadrent pas vraiment avec une organisation traditionnelle, dit Kevin Wheeler. « De telles organisations ne permettent aux gens d’être créatifs, et ne font que coordonner des processus. Elles manquent aussi de vitesse d’exécution », dit-il. Un problématique qui, selon lui, est propre à l’ancienne économie. « Pour citer un exemple, il faut d’office compter de 6 à 7 ans pour obtenir un brevet. Dès lors, à quoi bon vouloir chercher à se dépasser ? Cela a-t-il encore du sens ? Car dans 7 ans, votre produit sera probablement déjà dépassé », explique Kevin Wheeler.

Moins d’unions, plus de compétences sociales

Une autre tendance relevée par Kevin Wheeler est le nombre décroissant de mariages au niveau mondial. D’après lui, c’est non seulement le signe que les gens se sentent prêts à aller à l’autre bout du monde pour leur travail, mais aussi qu’il règne un sentiment de ‘découplement’. Il nous indique par-là que les gens se sentent moins dépendants de structures rigides, et que ce qui les relie aux organisations qui les emploient offre moins de résistance.

Cette évolution montre que les compétences sociales gagnent en importance sur le marché du travail, selon Kevin Wheeler. Il se réfère à une étude de David Deming qui montre que des compétences sociales apportent en moyenne plus que des compétences en mathématiques. Une entreprise comme Google ne le sait que trop bien, ajoute-t-il. « Ce n’est pas un hasard s’ils ne recherchent plus les plus malins de la classe, mais ceux qui font preuve d’un esprit d’équipe constructif. Il n’y a pas que chez Google que 100% du travail est réalisé en équipes. Cela concerne également nombre de projets multifonctionnels à travers le monde. On s’écarte désormais des silos traditionnels pratiqués par les organisations. C’est là qu’interviennent des personnes différentes. Je pense que c’est le plus grand changement que le monde du travail n’ait jamais connu. »

Et que devient le fameux organigramme ?

Il fallait peut-être s’y attendre, mais cette nouvelle réalité représente un défi pour de nombreuses organisations, affirme Kevin Wheeler. « C’est un paradigme qui doit absolument être adapté.  Personne au monde ne possède à lui seul toutes les compétences recherchées par les entreprises. Alors, gardez bien à l’esprit les compétences dont vous disposez, et celles dont dispose votre réseau. Il ne s’agit donc plus de parler en termes d’emplois, mais de réseaux personnels, de compétences, de relations et d’idées. C’est du partenariat. Et ce sera tout bénéfice pour les organisations et pour les travailleurs.

Mais alors, que devient l’organigramme aux fonctions bien définies ? « C’est une invention qui date de 1920 », dit Kevin Wheeler en riant. « Elle est obsolescente. Vous pouvez l’oublier. C’est une modalité par trop rigide pour le monde dans lequel nous évoluons. Vous pouvez être sûr qu’avec un modèle organisationnel classique, votre entreprise risque de disparaître avant la fin du siècle. »